Convention des Clubs APM

Du 1er octobre (dès 10h) au 2 octobre (16h30)
Lille, Grand-Palais

Patrick Viveret : « L’aventure humaine est à un carrefour »

Philosophe et essayiste, Patrick Viveret a croisé son regard avec celui de Philippe Moati et Heinz Wismann pour « repenser l’utopie désirable ».

Selon vous, comment « repenser l’utopie désirable ? »

L’année prochaine, on fêtera la 500ème année de l’Utopie de Thomas More. Cette utopie a deux faces, une désirable et une dangereuse et on a oublié la première devant les dégâts de la seconde… L’utopie désirable crée l’énergie du désir, développe l’imaginaire et met en mouvement la transformation. Elle peut au contraire devenir dangereuse, au nom d’une représentation fermée. J’appelle donc à la vigilance : disons oui au désir et à l’imaginaire, non à l’enfermement sectaire.

Quel message adressez-vous aux adhérents ?

L’aventure humaine est à un carrefour. Changement climatique, biodiversité et sixième extinction : l’humanité sera-t-elle capable de s’organiser pour permettre à tous de vivre ensemble d’une manière soutenable ? Elle a en tous cas l’embarras du choix des moyens de se perdre…

Je suis pourtant optimiste. Je crois en l’utopie désirable, justement, et en la fraternité de l’homme. J’en ai même fait l’objet de mon dernier livre, après Charlie. Nous sommes un seul peuple de la Terre, et nous n’avons pas de Planète B, comme on le dit souvent. Si nous grandissons en humanité, que nous élevons notre qualité de conscience, alors les mêmes défis (économiques, écologiques…) peuvent devenir des opportunités de changement d’ère.

Quel conseil donneriez-vous aux managers ?

Je leur dirai que dans le monde d’aujourd’hui, ils ne peuvent plus se payer le luxe de prendre le critère financier comme unique critère de réussite. On arrive à la fin du cycle des Temps Modernes, et on s’émancipe de deux points aveugles. Ecologique, d’abord : la Nature est chosifiée pour mieux la dominer, et on ne peut plus fermer les yeux sur les conséquences et les limites de cette vision-là. Ethique, ensuite : il faut réhabiliter la notion de valeur, comme force de vie et non pas comme simple solde monétaire !

Je les invite à doubler leur comptabilité monétaire d’une comptabilité bénéfique, qui considérerait quatre dimensions : monétaire, sociale et humaine (bilan social), écologique (rapport bénéfice/nuisance) et qualitatif (système de notation comme Vigeo). Ce nouveau système donnerait l’alerte rouge quand les quatre cadrans ne sont pas en cohérence.

Patrick Viveret, Fraternité, j’écris ton nom, Les Liens qui Libèrent, 2015

 

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